La dépression n'est pas rare chez les personnes âgées et elle répond généralement bien à un traitement approprié. Cependant, tous les cas de dépression ne
sont pas d'origine purement "psychiatrique". A titre d'exemple, une étude récemment menée chez un grand nombre de volontaires a montré que les symptômes
dépressifs peuvent être mis en relation avec les modifications du cerveau observées en imagerie par résonance magnétique (IRM)..
L'Etude de l'Etat de Santé cardio-vasculaire évalue des gens de plus de 65 ans sélectionnés dans les listes Medicare et vivant dans quatre régions des Etats-Unis : Pennsylvanie, Maryland, Californie et Caroline du Nord. En 1990, plus de 3500 volontaires ont été enrôlés afin de subir une IRM cérébrale après 4, 5 et 6 ans d'étude. A la fin, on leur a remis un petit questionnaire à remplir concernant leur humeur, leur énergie, leur irritabilité, leur concentration et d'éventuels troubles du sommeil. D'autres questionnaires portaient sur les activités quotidiennes (les soins personnels par exemple) et les activités plus complexes (utiliser le téléphone ou faire des courses par exemple). Un test des capacités mentales était également inclus, ainsi que des mesures de la pression artérielle et un interrogatoire précis sur les antécédents cardio-vasculaires.
Les IRM ont été interprétées par des spécialistes qui ont examiné les zones présentant des anomalies évocatrices d'une diminution de la vascularisation. Leurs observations ont été comparées avec les résultats des questionnaires sur les symptômes dépressifs.
Les symptômes dépressifs ont été un peu plus fréquents chez les personnes les plus âgées, les femmes, les personnes qui n'étaient pas de race blanche, celles ayant une hypertension artérielle, une maladie cardiaque ou une invalidité. Cela signifie qu'il a été nécessaire d'effectuer une correction tenant compte de ces facteurs afin d'établir une éventuelle relation entre les symptômes dépressifs et les observations en IRM.
On a constaté que les symptômes dépressifs augmentaient quantitativement au fur et à mesure qu'augmentaient de petites zones lésionnelles dans une région du cerveau appelée noyaux gris centraux.
Cette région, située dans la profondeur du cerveau, agit comme un relais entre différentes parties du cerveau, dont le cortex, où sont traitées les informations. Selon le principal auteur de l'étude, les petites lésions observées en IRM pouvaient traduire une rupture des connexions entre les noyaux gris centraux et le cortex. L'altération est évocatrice de l'obstruction d'une petite artère par un caillot, en d'autres termes d'un accident vasculaire cérébral de petite taille. La présence de ces petites occlusions s'est étroitement corrélée avec l'importance des symptômes dépressifs rapportés - plus le nombre de lésions était grand et plus les symptômes dépressifs étaient graves. Ces lésions sont qualifiées d'accidents vasculaires cérébraux "silencieux" parce qu'ils ne s'accompagnent pas des signes classiques de l'accident vasculaire cérébral tels que les céphalées importantes, les vertiges ou la paralysie.
Les noyaux gris centraux sont également impliqués dans la régulation des mouvements. Il est possible que de petites lésions qui s'y produisent puissent être responsables d'une certaine diminution de l'activité physique souvent observée chez les patients déprimés.
Les résultats de cette étude suggèrent que chez certains patients dépressifs, il peut s'être produit des altérations de la vascularisation cérébrale laissant prévoir un accident vasculaire cérébral symptomatique ou une forme particulière de démence, la démence vasculaire. Cela signifie que les médecins s'occupant de personnes âgées dépressives doivent rechercher d'autres facteurs de risque d'accident vasculaire cérébral ou de démence vasculaire : hypertension artérielle, hyperglycémie, hypercholestérolémie, tabagisme et manque d'activité physique.
Si ceux-ci sont décelés et corrigés grâce à un traitement approprié et à des modifications du mode de vie, les chances pour le patient de faire un accident vasculaire cérébral seront réduites.