Dépression du sujet âgé et risque de décès


La dépression est généralement classée en forme sévère (ou majeures) et légère (ou mineures). Dans la forme sévère, les symptômes sont évidents, mais la forme légère est plus délicate à reconnaître et est parfois qualifiée de forme "infra-clinique". Les patients atteints de dépression majeure présentent un risque accru de décès de diverses causes; plusieurs études ont constamment fait cette observation. Par ailleurs, la dépression mineure a été associée à une mortalité accrue dans certaines études, mais pas dans d'autres. Peut-être parce que les essais évaluaient différentes classes d'âge et des sujets d'origine sociale et d'état de santé différents. Une étude hollandaise assez récente a évalué un groupe de personnes âgées pour voir si la dépression majeure ou mineure s'associait à un risque de décès accru, indépendamment de l'hygiène de vie (tabagisme, alcoolisme) et des conditions sociales, sanitaires et économiques.



Pendant 12 mois, plus de 3000 personnes âgées de 55 à 85 ans et habitant Amsterdam, Pays-Bas, ont été interrogés et leur survie au cours des 5 années suivantes a été enregistrée. Compte tenu de leur score initial à l'aide de deux échelles d'évaluation symptomatique, le diagnostic suivant a été porté: dépression majeure, dépression mineure ou absence de dépression.

Les décès ont été enregistrés à partir des certificats de décès, les informations sur la cause du décès étant obtenues auprès du Bureau Central Hollandais de la Statistique. Des questionnaires ont été utilisés pour collecter des informations sur la situation socio-économique des participants, l'existence de maladies chroniques, une éventuelle incapacité physique, l'hygiène de vie et l'activité physique.

L'âge moyen des participants était de 71 ans; les femmes représentaient juste un peu plus de la moitié. Sur ces plus de 3000 participants, 2% avaient une dépression majeure, 13% une dépression mineure et 85% n'étaient pas déprimés. Pour la plupart, les sujets qui présentaient une dépression - majeure ou mineure - étaient des femmes, avaient un niveau d'études plus bas, vivaient en ville, avaient davantage de maladies chroniques ou d'invalidités, ne travaillaient pas et fumaient, par rapport aux sujets non déprimés. La dépression majeure était plus fréquente chez les sujets les plus jeunes.

Après élimination des effets des facteurs socio-économiques et de la présence de maladies chroniques, les sujets présentant une dépression majeure étaient presque deux fois plus susceptibles de mourir pendant la période de 5 ans que les sujets non dépressifs. Ce résultat était significatif, même en tenant compte des éventuels effets de la surcharge pondérale, des invalidités, du tabagisme et du manque d'activité physique.

 

 

Les sujets atteints de dépression mineure ont présenté eux aussi un quasi doublement du risque de décès. Après avoir tenu compte des effets du sexe et de l'âge, ce risque a diminué, tout en restant significatif pour les hommes, mais pas pour les femmes. Comme pour la dépression majeure, les effets de l'âge, de l'éducation, de l'habitat urbain, des maladies chroniques et de l'invalidité ont quelque peu diminué le risque, mais il est resté significatif.

Trois participants se sont suicidés - un atteint de dépression mineure et deux non déprimés au début de l'étude. Le suicide est un risque connu au cours de la dépression majeure, mais il y avait relativement peu de cas de dépression sévère dans cette étude - 60 environ, comparativement aux 400 cas environ de dépression mineure et aux 2500 sujets non déprimés.

Les différences de risque entre les hommes et les femmes atteints de dépression mineure peuvent être dues à plusieurs facteurs - par exemple, la réponse physiologique différente des femmes au stress ou la plus grande fréquence des maladies cardiovasculaires chez les hommes.

Il faut se poser la question de la cause du risque de décès accru chez les sujets atteints de dépression. Les raisons possibles sont que les gens déprimés ont moins de chances de respecter les directives de leur médecin concernant leurs traitements médicaux, que leur dépression les rend plus sensibles aux maladies (par diminution de l'immunité), ou que leur dépression peut n'être qu'un symptôme d'une maladie cachée en cours de développement.

Quelle qu'en soit la cause, le risque semble réel et constitue une bonne raison de prendre au sérieux la dépression du sujet âgé et de la traiter énergiquement.