Marcher pour fuir la dépression?


Si vous lisez régulièrement tout ce qui touche au remède naturel, vous pouvez en arriver à penser que l'exercice guérit tout. Vous trouverez ici une étude qui a évalué l'effet d'exercices d'endurance (aérobic) en tant que traitement de personnes âgées dépressives. La dépression du sujet âgé est très courante - on l'a rapportée chez 5 à 10% des personnes âgées vivant en communauté et jusqu'à 18% chez les pensionnaires de maisons de retraite. De plus, la dépression s'accompagne d'une augmentation de la mortalité due à d'autres causes que le suicide.



Les antidépresseurs obtiennent de grands succès dans le traitement de la dépression du sujet âgé, mais ils peuvent avoir des effets secondaires désagréables, susceptibles d'amener les patients à les arrêter. Il serait donc bon de disposer d'une bonne alternative aux médicaments.

Mais est-il possible de soigner une dépression naturellement ?

L'étude que nous résumons ici a comparé les résultats obtenus dans 3 groupes - un effectuant des exercices d'aérobic, un recevant un traitement médicamenteux et un recevant une association d'exercices et de médicaments.

Les participants ont été recrutés par annonces et par l'intermédiaire de leurs médecins de famille ou de centres d'hygiène mentale. A l'entrée, ils prenaient une échelle d'évaluation de la dépression (partie de l'échelle d'évaluation de Hamilton (HAM-D) et répondaient à un questionnaire appelé Inventaire de la Dépression de Beck (IDB). Les patients prenant déjà des antidépresseurs ou d'autres médicaments étaient exclus, tout comme ceux incapables d'effectuer le programme d'exercices (par exemple ceux présentant des troubles cardiaques, respiratoires ou orthopédiques).

Les exercices consistaient à faire 30 minutes de marche continue ou de jogging (avec 10 minutes d'échauffement et 5 minutes de récupération) à une vitesse nécessitant l'utilisation de 70 à 85% de la fréquence cardiaque de réserve. Les séances avaient lieu trois fois par semaine pendant 16 semaines consécutives. Les patients sous traitement recevaient de la sertraline, l'une des plus récentes classes d'antidépresseurs, à la dose de 50 mg, pouvant être portée à 200 mg si cela était nécessaire pour obtenir l'effet désiré. A la fin des 16 semaines, les symptômes des patients étaient réévalués à l'aide des échelles HAM-D et IDB.

Plus de 150 patients ont participé à l'étude et ont été répartis de manière égale entre les trois groupes de traitement. Leur âge était compris entre 50 et 77 ans - âge moyen 57 ans. Bien que 30 patients aient abandonné l'étude avant la fin, il n'y a pas eu de différences entre les groupes en ce qui concerne le taux de sorties d'étude ou l'une quelconque des données collectées - sexe, niveau d'études, situation maritale, revenus, appartenance ethnique ou antécédents de dépression.

Une diminution significative des symptômes dépressifs a été constatée dans les trois groupes de traitement au bout de 16 semaines. Le pourcentage de patients jugés cliniquement dénués de toute dépression dans chaque groupe thérapeutique a été pratiquement le même - respectivement 60,4%, 68,8% et 65,5%. La seule différence entre les groupes a été la réponse plus rapide chez les patients recevant le traitement pharmacologique seul; ils ont répondu plus rapidement, en quelques semaines. Les patients légèrement déprimés ont répondu plus rapidement à l'association médicaments-exercice que les patients présentant une dépression sévère.

 

 

Cette étude montre que les exercices d'aérobic constituent une alternative intéressante au traitement médicamenteux chez les dépressifs âgés. Le nombre de personnes n'ayant pas terminé le traitement a été le même pour les exercices physiques et les médicaments et on a noté une amélioration, légère mais importante, de l'aptitude à l'effort chez les patients pratiquant les exercices physiques. L'importance réelle de l'effet bénéfique observé dans chaque groupe a été la même que dans d'autres études utilisant ce médicament ou en cas d'administration d'autres traitements non pharmacologiques efficaces (par exemple, thérapie comportementale ou psycho-sociale).

La raison des effets favorables de l'exercice reste mal connue. Il se peut que du fait de l'amélioration de leur forme physique, les patients se sentent mieux dans leur peau. Il est possible que les effets physiologiques de l'exercice améliorent l'humeur ou l'estime de soi par un processus biochimique (la libération d'endorphines par exemple). Les interactions sociales qui se produisent au cours des programmes d'exercices sont un élément important; pour s'assurer que c'est l'exercice lui-même qui est bénéfique, il faudrait réaliser une autre étude chez des sujets travaillant seuls à domicile.

Avant d'attacher une trop grande importance à cette étude, nous devons nous rappeler qu'elle a été relativement brève et qu'elle n'apporte donc pas beaucoup d'informations sur le retour possible des symptômes dépressifs. Une récidive est fréquemment rapportée par plus de la moitié des patients âgés. Néanmoins, ces observations sont encourageantes pour les personnes âgées dépressives qui ne parviennent pas à tolérer les antidépresseurs ou qui attendent les bénéfices d'une activité sociale qui, par elle-même, amène de nombreuses autres récompenses.

 

C'est comme si la dépression pouvait être ajoutée à la liste de plus en plus longue des troubles dans lesquels on peut dire avec certitude que "l'exercice vous fait du bien".